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Avant le gel de printemps, une pluie de records mensuels a été battue ou égalée en Nouvelle-Aquitaine fin mars. Les 30 degrés ont été frôlés en Sud-Gironde et au Pays basque, et 26 degrés à Bordeaux. Du sable saharien, poussé par les vents du Sud, s’est invité sur une partie de la région. Ainsi, après plusieurs jours avec des températures estivales, le froid arrive.

Le climat ne sait pas ce qu’il veut

Le réchauffement climatique se fait sentir et les épisodes de gel de printemps, encore rares il y a quelques années, deviennent malheureusement de plus en plus fréquents. Les années 1956, 1974, 1991 et 2017 sont des années maudites pour les viticulteurs avec des gelées dévastatrices. Tout le monde a encore en mémoire la nuit du 20 au 21 avril 1991. Sur certaines propriétés sur Saint-Emilion, 90% du vignoble avait été touché.

La semaine dernière, les températures sont descendues sous la barre des – 5 °C, touchant l’ensemble des 65 appellations que compte le Bordelais, qui cumule 111.000 hectares de vigne.

Autour de Saint-Emilion, de nombreuses propriétés ont été touchées par les gelées tardives ou gel de printemps, allant de 0 à – 4°C la nuit. Un véritable fléau climatique pour les viticulteurs d’autant plus préjudiciable que les jeunes feuilles et les bourgeons avaient un peu d’avance cette année. La vigne est au stade 2 à 3 feuilles étalées, stade de sensibilité maximale pour la plante.

Le débourrement

Dès les premiers rayons du soleil, et avec l’augmentation des températures de l’air, la vigne se réveille doucement après une longue période en dormance. La sève monte doucement dans la plante. La sortie des premières feuilles et l’apparition des premiers bourgeons sont une étape cruciale pour l’émergence des futures grappes. La reprise de la circulation de la sève est à l’origine du gonflement des bourgeons par hydratation de ceux-ci. Les écailles se soulèvent et laissent apparaître la pilosité des bourgeons : la bourre, qui donne son nom à cette étape, le débourrement.

Bourgeons Vignobles Capdemourlin
Bourgeons Vignobles Capdemourlin

Les bourgeons peuvent résister à des températures en dessous de zéro jusqu’à -1°C. Le gel de printemps est lié d’une part à l’abaissement nocturne de la température et d’autre part de la sensibilité au gel des bourgeons dès qu’ils sont réhydratés.

Des opérations très coûteuses

Alors que la France vient d’être touchée par plusieurs nuits de gel et risque de l’être encore, les vignerons ont recours à différentes techniques pour réchauffer l’air. L’idée est d’empêcher que la température ne chute trop.

Dans la Région de Bordeaux et notamment Saint-Emilion, les vignerons se sont lancés, dans une tentative de sauvetage de leurs parcelles, face à l’important épisode de gel de printemps qui s’est abattu sur le département.

Les braséros et les bougies

Stéphane GABARD, vigneron à Fronsac et président du syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieurs rappelle que le plus efficace est de disséminer des bougies ou des braséros tous les 5-6 pieds de vignes. Les bougies sont de gros blocs de paraffine, disposés dans des boîtes métalliques.

La cire des bougies est naturelle. Les bougies et les braseros vont réchauffer l’air ambiant autour des vignes, et ainsi empêcher une chute des températures trop importante.

Cette méthode est très coûteuse : il faut compter entre 5.000 à 7.000 euros de l’hectare d’investissement. En plus, du matériel, cette méthode demande un investissement humain très important entre l’installation, l’allumage et l’enlèvement.

Les hélicoptères

Enfin, certains viticulteurs ont recours à des hélicoptères pour brasser l’air. L’hélicoptère volant à basse altitude (c’est-à-dire en dessous de 20m) brasse et réchauffe l’air au-dessus du vignoble. L’air au niveau des ceps de vigne est donc plus chaud, ce qui évite le gel de printemps.

Cette opération demeure dangereuse, puisqu’elle s’effectue à l’aube, donc avec peu de luminosité. Elle est également coûteuse, puisqu’il faut compter 170 euros par hectare. Cependant c’est une méthode qui fonctionne et qui est rentable, puisqu’elle pourrait protéger efficacement un vignoble.

Les tours antigel contre le gel de printemps

Le Château Balestard La Tonnelle, Saint-Emilion Grand Cru Classé s’est doté d’une tour antigel. La particularité de celle-ci est de ne tourner que quelques jours par an et uniquement lorsqu’il n’y a pas de vent. Pour que la tour fonctionne correctement, le démarrage doit se faire lorsque la température est encore positive (1,8°C).

L’installation d’une tour antigel, c’est en moyenne 45.000 à 50.000 euros en moyenne. Au-dessus de -2°C, elle protège 6,5 hectares de vignes, et en dessous de -2°C, le rayon couvert diminue pour n’atteindre que 4,5 hectares. Au démarage, un bruit sourd se fait entendre et s’intensifie, semblable au vrombissement d’un hélicoptère au décollage

La pollution sonore n’est pas très agréable pour les voisins souvent compréhensifs pour le désagrément causé. En effet, les viticulteurs ne font tourner les tours antigel que quelques nuits par an pour sauver leur récolte. Un petit désagrément vite oublié face aux enjeux financiers et économiques d’une nuit de gel de printemps.

Les tours antigel contre le gel de printemps

L’an prochain, les vignobles Capdemourlin doteront le Château Cap de Mourlin de sa tour antigel.
Pour cette année, les vignobles Capdemourlin ont été touchés partiellement par le gel de printemps aux Châteaux Cap de Mourlin et Roudier. Aucun dégât n’a été constaté au Château Balestard La Tonnelle.

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